Mai 68 de Djeannot
Djeannot était chaudronnier, moi ajusteur, ll y avait les tourneurs, les fraiseurs, les électros, qui d'autres ? Beaucoup sont allés voir ailleurs ...
CRS, Gendarmes, Profs
Tous fonctionnaires, était-ce cela qui nous attirait ?
Voici donc cette anecdote dont deux points sont essentiels : mon passage du monde ouvrier, syndicaliste, dans un monde d’ordre et de règlements et la rencontre avec celui qui deviendra mon ami : Aldo Gruarin.
Dans ces conditions, la majorité des ouvriers et techniciens de la D.C.A.N étaient syndiqués. Majoritairement à la C.G.T. puis également répartis entre la C.F.T.C. et F.O. Celui qui restait en marge n’avait pas la côte auprès de ses collègues. La pénibilité du travail laissait une large place à la fraternité, une amicale d’ouvriers nous réunissait aux beaux jours, chez l’un ou chez l’autre possédant une « campagne ».
Nous sommes dans les années soixante. Puis vient ce mois de mai que bien entendu le monde ouvrier n’avait pas vu arriver…A toutes fins utiles, je rappelle que les premières manifestations estudiantines ont eu lieu à la faculté de Nancy car le directeur de l’établissement refusait que les jeunes filles aillent rejoindre les étudiants dans leur chambre… En voilà un motif révolutionnaire… ! Puis tout s’est enchaîné, les syndicats étudiants, les partis politiques, les syndicats ont pris ce train qui était en marche. " Le train dé la Révolùcion.. ! "
A Toulon, nous sommes restés d’un calme très provençal, voire bon enfant. Des réunions se tenaient place de la Liberté, des manifestations se déroulaient sur le boulevard de Strasbourg et l’avenue de la République, mais nous n’avons pas occupé le théâtre et encore moins l’arsenal toujours très protégé et pour cause.
Pour ce qui me concerne , ainsi que 10 autres jeunes camarades de cet atelier des Bâtiments en Fer, nous avions déposé une demande d’engagement dans la Gendarmerie, bien avant le mois de mai. Ras le béret du bruit, de l’amiante, des bas salaires, nous voulions sauver notre peau.
La gendarmerie dans sa grande sagesse, quadrillage du territoire national oblige, avait dispersé tous ses gendarmes et élèves-gendarmes des écoles de Chaumont, Maisons-Alfort. Les réservistes avaient été rappelés mais il manquait toujours des bras, sinon pour lancer des grenades du moins pour faire masse. C’est ainsi que la direction décida d’engager les futurs gendarmes…sans statut particulier je précise, sur leur lieu de résidence. Après avoir été « Camarades » en 24 heures je suis devenu « Pandore »
Un résumé de cette période qui finalement n’a pas eu pour résultats une grande avancée sociale.. Voir aujourd’hui les salaires, les retraites, la sécu… Ah oui, quand même… A l’arsenal, ceux qui sont restés, ne portaient plus de sabots. Ils furent équipés de chaussures de sécurité et de casques anti-bruit.
J’ai toujours une pensée pour ceux de mes « camarades » qui furent emportés par le crabe, ainsi que pour ceux qui toujours vivants, souffrent de mille maux.
Quand à ma fille, Edith née en 1968, pour ce qui la concerne « mai 68 » c’est le Moyen Age, pour Lionel né en 1973 c’est carrément la préhistoire.
Djeannot