Dans un musée j'habitais
Kikou enfant était super protégé au milieu des premières cités HLM de Toulon, là où naissaient "les mauvais garçons". Dans ce parc de plus de dix hectares clos d'un mur d'enceinte de trois mètres, quatre enfants dont j'étais l'ainé vivaient dans un monde à part.. Mon grand père était le gardien de ces lieux, nous habitions la grande ferme provençale de fonction avec mes parents et grands parents. Une usine tronait au milieu du parc entourée de divers bâtiments camouflés par d'immenses arbres. L'usine fonctionnait jour et nuit, quelques ouvriers, des militaires en casquette , parfois des gardes en pompon rouge. Ce lieu sous surveillance est toujours terrain militaire. Né pendant la guerre, je me souviens de l'après guerre, sans savoir, je vivais au milieu d'un Trésor.Du grand portail, on allait à l'usine par la grande allée, de part et d'autres s'élevaient d'immenses palmiers. L'allée, comme une avenue, était bordée de canons galèriens liés les uns aux autres par de lourdes chaines. Sur ces chaines, j'ai appris l'équilibre comme le funambule sur son cable. Entre les canons et l'allée de palmiers jaillissaient de grands socles supportant d'immenses statues qui avaient été la proue d'anciennes galères. Jean Valgean n'était pas loin.
Au plus loin du parc, autour des grands hangars, manoeuvraient sous surveillance militaire, quelques camions bâchés qui ne laissaient rien voir. Plus tard, le Kikou adolescent se faufilera dans ces cavernes où dormaient de poussiéreux trésors . Depuis ma cabane sous les maronniers je m'aventurais en explorateur des lieux interdits. J'ai éprouvé plus tard la même angoisse au cinéma avec Indiana Jones.
Toulon croulait sous les bombes, la flotte se sabordait, une tranchée avait était creusée dans le parc, la famille s'y réfugiait, je n'étais pas encore né. Un figuier du grand parc avait était cisaillé, un éclat d'obus l'avait mutilé. Cet arbre infirme deviendra notre préféré, tordu, couché, blessé; il avait surveccu; s'il nous offrait ses fruits, c'est son histoire que nous aimions.
Le grand parc de Rodheillac est un terrain militaire des travaux maritimes de l'Arsenal de Toulon. J'y ai passé mes seize premières années. Certains bâtiments cachaient les trésors des musées militaires de la Ville qui avaient été déménagés pendant la guerre afin d'échapper aux pillages et bombardements. En visitant les musées de Toulon aujourd'hui, je retrouve les figures, maquettes, sculptures; ... dont celles de Puget et ce Cuverville. C'était mes jouets, enfant je leur parlais.
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