Le kiosque à musique

Publié le par Christian


oranges
endives
  Le kiosque à musique derrière
  Envie de manger elles donnent !

Les marchés apportent à nos villages couleurs, odeurs, bonne humeur. J'ai toujours envie d'y goûter, c'est beau et ça sent bon ! Mais là, c'est le kiosque à musique qui fait jaillir de très anciens souvenirs. J'ai une très mauvaise mémoire des noms, celui de "Bert" s'impose.
Il était trompette Bert, un dimanche matin j'avais fait le déplacement pour l'écouter et le voir.

A dix huit ans, j'étais ouvrier à l'atelier des machines. Je prenais place devant mon établi parmi la soixantaine d'ajusteurs, le vaste atelier contenait plus de mille personnes et j'étais très impressionné par les immenses machines. Des tours horizontaux pour lignes d'arbre de plus de 70 mètres et d'autres verticaux dont la tourelle faisait quarante mètres de diamètre. C'étaient les plus grosses machines de l'arsenal de Toulon.

Nos outils d'ajusteur étaient fait pour la main. Limes, marteaux, grattoirs, forets, alésoirs ...  et instruments de mesure constituaient un outillage personnel que l'on perfectionnait avec l'expérience en devenant  des spécialistes  pour certaines tâches. Trois années d'apprentissage et avoir l'honneur de tenir sa place à coté des anciens qui deviennent vos camarades, le mot prend ici toute sa force; la hiérarchie ouvrière se crée à coté de l'ouvrier expérimenté qui aura l'oeil sur le nouveau.

Bert était le plus respecté de tous, la cinquantaine passé, il ressemblait à mon grand père en plus fort. Ces avants bras et ses mains étaient anormalement puissants. Quand vous regardez les bras de Popeye, vous illustrez parfaitement ceux de mon maître. Très vite ce compagnon m'aura pris sous son aile, ma période d'adaptation fut très courte, avec lui , j'ai participé aux tâches les plus enrichissantes, aux travaux les plus délicats. Comment des doigts aussi musclés faisaient pour chatouiller la fonte en grattant du centième de millimètre ? Son pouce et l'index constituaient une pince; il serrait un boulon avec deux doigts, en passant après lui avec la clé dynamométrique, il restait peu à bloquer.

Cet homme armoire à glace était doux et généreux. Ce camarade respecté de tous habitait Sanary et était musicien. Tous les dimanches il jouait sur la place publique du village au kiosque que je vous laisse deviner sur la photo des oranges du marché. Le souffle du trompette m'arrachait les larmes quand j'allais l'écouter. Je pense à toi Bert, j'imagine les pistons activés sous tes doigts musclés, je n'avais pas vingt ans, je ne voulais pas rester ouvrier, tu le savais et tu m'as appris.


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ETIENNE georges 14/06/2011 17:55



je ne te connais pas, mais tourneur a la nef petits tours  de 1950 a1990 je sais de qui tu evoque le souvenir et quand tu parles de ses avants bras je ne peux que confirmer c'etait une
figure de l'atelier des machines si tu veux parler du bon vieux tu as mon email depuis mon depart en retraite j'habite  MENTON  a plus


 



joce 24/01/2009 16:26

Un très beau portrait !

Christian 21/01/2009 08:34

Merci VictorCe long commentaire est comme un baume. Il me plait parce que j'y trouve une ressemblance.Il m'apaise, parceque j'avais le sentiment d'avoir commis une erreur.

Victor 20/01/2009 23:44

« Il est difficile de faire et confortable de penser », j’ai lu ça de toi quelque part ces jours-ci. J’aurais pu le dire aussi, mais jusqu’ici je n’avais jamais pu le dire aussi bien, de façon aussi ramassée.
 
J’ai préféré répondre sur ton blog, plutôt que d’en rajouter là où je l’ai lu. Je la retiens cette phrase.
 
Avant de devenir un peu intellectuel, j’ai été ouvrier aussi. Apprenti ajusteur à 14 ans, comme toi apparemment, mais je n’ai jamais vu à la SNCF où j’étais entré, de tours aussi grands que ceux dont tu parles à l’arsenal de Toulon ! Plus tard, au retour de mon service militaire, j’ai divergé, préparé une entrée en fac et fait des études, en travaillant dans l’horlogerie monumentale pour les financer. Après quelques autres détours, mon métier a consisté à travailler sur les questions économiques et l’aménagement du territoire.
 
Mes mains ont gardé ce qu’elles avaient apprises et j’aime ce dialogue entre ce qu’elles font et nous. Il est immédiat, charnel. C’est de l’art aussi. Avec un bon coup de lime et un bon coup d’œil, on peut travailler jusqu’au centième de mm, vite et avec de belles surfaces. Et puis l’ajusteur sait utiliser toutes les machines, travailler tous les matériaux. J’ai appris à l’ancienne, avec quelques coups de pied au cul. Mais mon maître nous aimait beaucoup, il était fier de nous et il a su nous transmettre le meilleur de lui-même.
 
Lorsqu’on rédige un rapport, l’interactivité n’est pas la même. Parfois on pense avoir bien fait et on s’est planté, parfois le client est content et pas nous. Mais je me rends compte que mon passé ouvrier a imprégné ce que j’ai fait ensuite et souvent fécondé ma démarche intellectuelle.
 
Pour terminer de façon moins sérieuse, j’avais quelques collègues portés sur la bouteille. Raisonnablement, mais c’était interdit. Lorsqu’ils s’assuraient que celui dont s’était le tour avait pensé au litron qui accompagnerait le casse-croûte, ils demandaient : « Tu as le boulon de 13 ». On avait aussi des unités de mesure propres à l’atelier où je travaillais. Il manquait par exemple un « siferling », ce qui voulait dire un « chouia », mais en plus précis quand même.

Sido 20/01/2009 09:56

Emouvant ton récit, Christian. Ce kiosque, plus le même, c'est pour moi le souvenir des bals de juillet de "grande adolescente". Tout autour jeunes et moins jeunes venaient danser, c'était avec la fête foraine les temps forts du début de saison touristique. Ce temps là a été remplacé par des concerts de temps à autre, et pour danser les jeunes vont en boite ( qui n'existaient qu'à Bandol). Souvenirs...Tu les fais ressurgir.