Pépé la terreur !

Publié le par Christian

Rodehiac
Brique après brique je bâtis une bibliographie biographie dit Claudio. En effet, je me lance et d'autres briquettes renaissent. Cela n'est pas construit, les souvenirs s'imposent par quelques photos que je retrouve.
Comment mon pépé jovial, souriant, terrorisait les enfants de mon âge dans ce quartier de Rodheillac et de La Poste ? Ces enfants, mes copains de l'école, jamais ils n'auraient avoué que mon pépé leur faisait peur. C'est bien plus tard, alors que nous jouions dans la même équipe, qu'ils me l'ont confié.

Il mesurait plus d'un mètre quatre vingt, sa corpulence en imposait, il déambulait en ville vêtu d'un pardessus gris pied de poule qui descendait aux pieds. Coiffé jusqu'au front d'un chapeau mou; on devinait dans l'ombre  ses yeux surmontés de gros sourcils fournis. Du col jusqu'au cou, jaillissait son puissant nez  et l'épaisse moustache qui recouvrait ses lèvres charnues dont la mobilité laissait éclater le sourire. Mais parfois, des vociférations dont les grognements puissants donnaient à ses injures en patois de Nice une incompréhension suspecte pour qui parle le provençal Toulonnais. 
Il était un peu acteur le pépé, car lorsqu'il ouvrait grands les yeux avec les sourcils en circonflexe ou mouchait son nez dans un tissu à carreaux, on sursautait et on s'écartait.

Pépé tous les après midi sortait du grand parc par le petit portail. Il remontait le boulevard Picon, traversait la place de l'église, longeait  l'école du Pont du Las et rentrait, Porte Castigneau, dans l'enceinte mystérieuse de l'Arsenal de Toulon. Il marchait les mains croisées sur son ventre, ses avants bras à l'horizontale supportaient deux très grosses boites en fer blanc qu'il crochait par un solide fil de cuivre. S'il entrait léger à l'Arsenal, il en sortait plus lourd. Les boites étaient pleines et parfois le pardessus laissait deviner un embonpoint inhabituel.

Il avait une autorisation écrite le pépé pour entrer et sortir ainsi devant les gendarmes Maritimes qui filtrent les mouvements des personnels. Cette autorisation lui permettait de fouiller les poubelles à quai des navires de la flotte. Le tri sélectif existait déjà, les restants de nourriture jetés par le cambusier allaient aux élevages de cochons, et avant que les charrettes passent, le pépé prélevait le meilleur. Les gros toutous devaient être bien nourris et pendant la guerre, le gardien de l'usine avait obtenu le droit d'alimenter ainsi ses chiens de garde. J'ai toujours le souvenir de Médor, Sultan, Mirza; je me réfugiais souvent dans la niche avec Médor, dont je retrouvais la maman Beaubette pendant les vacances scolaires, chez ma tante, en haut de la grande Corniche sous l'observatoire de Nice.
enfants
Ensuite, pendant les années 50, Pépé a toujours usé de cette autorisation, chaque après midi, de son pas lent de montagnard, une boite de conserve à chaque bras, il effectuait son retour à la maison au moment de la sortie de l'école. Les pitchouns en culotte courte souvent taquins et moqueurs, se tenaient prudemment à distance. Il suffisait de quelques mimiques pour imposer le respect. Les minots avaient peur du pépé immense, gardien de ce grand parc mystérieux.

Je l'ai appris plus tard, les boites de fer blanc cachaient des trésors. Après guerre, quand nous ne mangions pas du lapin, c'était parce que le cuisinier du Destroyer, de la Frégate, de l'Escorteur, du Dragueur ... Invitait pépé à bord. On lui offrait un coup à boire, et pour les petits, les restes étaient de bons morceaux.

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Dominique 05/01/2009 02:17

On a envie de le connaître ce pépé... Un bien beau texte, Christian. j'en profite pour te souhaiter une bonne année sur ton blog.

Fauvette 04/01/2009 16:56

Quelle figure ton Pépé ! Je le vois, tu nous le décris très bien.Merci !

Magali avec un i 04/01/2009 09:31

Quelle jolie écriture vous avez! Je le vois votre Pépé, juste en vous lisant! Je vois ces va-et-vient devant la porte Castigneau, son 'trafic', les enfants qui le regardent de loin et qui fuient à son premier regard! Très jolie écriture et un Pépé bien débrouillard!

joye 04/01/2009 04:32

Bravo ! J'aime beaucoup ce texte, Christian !

Djeannot 03/01/2009 17:33

Boubou.J'ai un peu de retard, bekolkoze un voyage...Alors je te la souhaite bien bonne, ainsi que le veux la tradition.Ces entrées et sorties de l'arsenal étaient il est vrai filtré par les "flics maritimes" et avec quel zèle. sauf pour quelques uns qui, malains, avaient acheté la maréchaussée navale. Il m'en souvient qu'aux BF....Bon enfin il y a prescription.Il est aussi vrai que les "eaux grasses" étaient très recherchées et là bien entendu officiellement; de même qu'un ferrailleur dument appointé avait le droit...(et le devoir) de débarasser la Marine des déchets métaux ferreux et autres. Un autre temps.Ton "pépé" était impressionant...Mon père l'était aussi et mes copians de la "raille" avaient peur de venir me chercher...surtout lorsque j'étais puni.On s'en remet et ça fait même du bien.La Dame a dit : biographie, je rajoute autobiographie.Bonne Dominique.