Dans un musée j'habitais

Publié le par Christian

Kikou enfant était super protégé au milieu des premières cités HLM de Toulon, là où naissaient   "les mauvais garçons".  Dans ce parc de plus de dix hectares clos d'un mur d'enceinte de trois mètres, quatre enfants dont j'étais l'ainé vivaient dans un monde à part.. Mon grand père était le gardien de ces lieux, nous habitions la grande ferme provençale de fonction  avec mes parents et grands parents. Une usine tronait au milieu du parc entourée de divers bâtiments camouflés par d'immenses arbres. L'usine fonctionnait jour et nuit, quelques ouvriers, des militaires en casquette , parfois des gardes en pompon rouge. Ce lieu  sous surveillance est toujours terrain militaire. Né pendant la guerre, je me souviens de l'après guerre, sans savoir, je vivais au milieu d'un Trésor.

Du grand portail, on allait à l'usine par la grande allée, de part et d'autres s'élevaient d'immenses palmiers. L'allée, comme une avenue, était bordée de canons  galèriens liés les uns aux autres par de lourdes chaines. Sur ces chaines, j'ai appris l'équilibre comme le funambule sur son cable. Entre les canons et l'allée de palmiers jaillissaient de grands socles supportant d'immenses statues qui avaient été la proue d'anciennes  galères. Jean Valgean n'était pas loin.

Au  plus loin du parc, autour des grands hangars,  manoeuvraient sous surveillance militaire, quelques camions bâchés qui ne laissaient rien voir.  Plus tard, le Kikou adolescent se faufilera  dans ces cavernes où dormaient de poussiéreux trésors . Depuis ma cabane sous les maronniers je m'aventurais en explorateur des lieux interdits. J'ai éprouvé plus tard la même angoisse au cinéma avec Indiana Jones.

Toulon croulait sous les bombes, la flotte se sabordait, une tranchée avait était creusée dans le parc, la famille s'y réfugiait, je n'étais pas encore né. Un figuier du grand parc avait était cisaillé, un éclat d'obus l'avait mutilé. Cet arbre infirme deviendra notre préféré, tordu, couché, blessé; il avait surveccu; s'il nous offrait ses fruits, c'est son histoire que nous aimions.

Le grand parc de Rodheillac est un terrain militaire des travaux maritimes de l'Arsenal de Toulon. J'y ai passé mes seize  premières années. Certains bâtiments cachaient les trésors des musées militaires de la Ville qui avaient été déménagés pendant la guerre afin d'échapper aux pillages et bombardements. En visitant les musées de Toulon aujourd'hui, je retrouve les figures, maquettes, sculptures; ...  dont celles de Puget et ce Cuverville. C'était mes jouets, enfant je leur parlais.


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Djeannot 07/01/2009 06:34

Kibou.Ton passage aux arpètes devenait une évidence. Que sont devenus tous ces trésors ? Comme tu le mentionne il y en a quelques uns au musée naval, mais quelques uns. Peut être sont ils aussi au musée du vieux Toulon ? Une véritable merveille que personne ne gère avec amour. Quel gachis pour notre ville.

joye 06/01/2009 16:46

Ta ville était...canon !  ;-)