Mai 68 de Djeannot

Publié le par Christian

meyer68


Djeannot était chaudronnier, moi ajusteur, ll y avait les tourneurs, les fraiseurs, les électros, qui d'autres ? Beaucoup sont allés voir ailleurs ...
CRS, Gendarmes, Profs
Tous fonctionnaires, était-ce cela qui nous attirait ?


Voici donc cette anecdote dont deux points sont essentiels : mon passage du monde ouvrier, syndicaliste, dans un monde d’ordre et de règlements et la rencontre avec celui qui deviendra mon ami :
Aldo Gruarin.

Ainsi que je vous le disais ce matin, l’avant mai 68, à l’arsenal de Toulon ; était pour nous ouvriers des « Bâtiments en Fer » au Mourillon (le lieu où sont construit les bateaux…) une scène à la Germinal. Imaginez un atelier, grand comme trois terrains de football, à l’intérieur duquel s’affairent 350 ouvriers chaudronniers, charpentiers-tôliers et autres forgerons. Dès la prise du travail à 7 heures le matin, le bruit était infernal et cela jusqu’à la pause de midi, puis après la reprise de 13 heures 30, jusqu’au soir 17 heures. Imaginez des tôles destinées à devenir des coques de bateaux de trois, quatre ou cinq mètres carrés, formées à la masse par un groupe d’ouvriers. Imaginez cet atelier l’hiver… ! Pour obtenir un peu de chaleur, l’administration nous octroyait dès l’aube des braseros, sortes de cylindres percés de trous, fonctionnant au charbon. Pour nous isoler du sol nous portions des galoches à la semelle de bois . Un brasero réchauffait une dizaine d’ouvriers (parfois ils étaient utilisés pour cuire saucisses et autres figatellis, à l’abri des regards de nos cadres ). Quoique, aujourd’hui je me pose encore la question de savoir, s’ils n’étaient pas un peu complices. Imaginez enfin l’emplacement de réparation des chaudières de nos navires où voletaient en permanence des particules d’amiante, quand ce n’était pas un véritable nuage qui s’abattait sur les employés. Combien de mes camarades ont quitté le monde emportés par ce cancer professionnel, ... ce n’est pas fini.

 Dans ces conditions, la majorité des ouvriers et techniciens de la D.C.A.N étaient syndiqués. Majoritairement à la C.G.T. puis également répartis entre la C.F.T.C. et F.O. Celui qui restait en marge n’avait pas la côte auprès de ses collègues. La pénibilité du travail laissait une large place à la fraternité, une amicale d’ouvriers nous réunissait aux beaux jours, chez l’un ou chez l’autre possédant une « campagne ».

 Nous sommes dans les années soixante. Puis vient ce mois de mai que bien entendu le monde ouvrier n’avait pas vu arriver…A toutes fins utiles, je rappelle que les premières manifestations estudiantines ont eu lieu à la faculté de Nancy car le directeur de l’établissement refusait que les jeunes filles aillent rejoindre les étudiants dans leur chambre… En voilà un motif révolutionnaire… !  Puis tout s’est enchaîné, les syndicats étudiants, les partis politiques, les syndicats ont pris ce train qui était en marche. " Le train dé la Révolùcion.. ! "

A Toulon, nous sommes restés d’un calme très provençal, voire bon enfant. Des réunions se tenaient place de la Liberté, des manifestations se déroulaient sur le boulevard de Strasbourg et l’avenue de la République, mais nous n’avons pas occupé le théâtre et encore moins l’arsenal toujours très protégé et pour cause.

 Pour ce qui me concerne , ainsi que 10 autres jeunes camarades de cet atelier des Bâtiments en Fer, nous avions déposé une demande d’engagement dans la Gendarmerie, bien avant le mois de mai. Ras le béret du bruit, de l’amiante, des bas salaires, nous voulions sauver notre peau.

La gendarmerie dans sa grande sagesse, quadrillage du territoire national oblige, avait dispersé tous ses gendarmes et élèves-gendarmes des écoles de Chaumont, Maisons-Alfort. Les réservistes avaient été rappelés mais il manquait toujours des bras, sinon pour lancer des grenades du moins pour faire masse. C’est ainsi que la direction décida d’engager les futurs gendarmes…sans statut particulier je précise, sur leur lieu de résidence. Après avoir été « Camarades » en 24 heures je suis devenu « Pandore »

Un résumé de cette période qui finalement n’a pas eu pour résultats une grande avancée sociale.. Voir aujourd’hui les salaires, les retraites, la sécu… Ah oui, quand même… A l’arsenal, ceux qui sont restés, ne portaient plus de sabots. Ils furent équipés de chaussures de sécurité et de casques anti-bruit.

J’ai toujours une pensée pour ceux de mes « camarades » qui furent emportés par le crabe, ainsi que pour ceux qui toujours vivants, souffrent de mille maux.

Quand à ma fille, Edith née en 1968, pour ce qui la concerne « mai 68 » c’est le Moyen Age, pour Lionel né en 1973 c’est carrément la préhistoire.

Djeannot

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Louis-Paul 07/05/2008 14:16

Très belle notes (les 2)Chaudronnier, fonctionnaire sur fond de joli mois de mai...Trop à lire sur écran attentivement  avec mes yeux qui ont besoin de changer de lunettes.Mais j'ai ma combine avec l'impression papier ...J'ai commencé à écrire des choses un pupersonnelles sur "cette année là" avec la Note "Générations" et publierais aussi une Note sur un certain collège nantais et un cap de chaudronnier.Mais plus tard, pour ce jour, j'en reste aux promenades de vacances.Bonne journée à toi et les tiens Christian

martine 07/05/2008 07:26

Merci pour la visite qui me permet de découvrir ce blog. En mai 68, j'avais 15 ans, j'étais "cloîtrée" dans une école catholique. Je comprenais bien qu'il se passait quelque chose mais quoi vraiment, je n'e l'ai su vraiment qu'après. Ce fut une frustration de n'avoir pu y participer. Je suis une militante dans l'âme sur beaucoup de fronts : ville , entreprise, associations.... je crois que cette frustration est une des causes de cet engagement.

Sido 06/05/2008 10:33

Je revis tout un passage de ma jeunesse en te lisant Christian...j'avais ces échos par mon mari (electronicien à l'époque), séjour en sous-marin, bruits, limite de sécurité ! qd mm  sur ces plans il y a eu partout des chgmts heureusement !( ps mon fils ainé : 1967, le 2eme 1973...). Bonne journée.

La Dame de Nage 05/05/2008 20:42

C'est vraiment une vedette ce Djeannot !Mai 68, j'étais la seule fille dans l'école de la racaille ! Je m'étais cassée la jambe en patin à roulettes, ma classe dans l'école des filles étaient au 2ème étage et à 4 km. En face de chez mes grands-parents, au terrain des sports, il y avait une école de garçons en préfabriqués, ma mère obtint une dérogation pour que j'y sois scolarisée le dernier trimestre. je ne me suis jamais tant amusée … Pendant les récréations, je jouais à la guerre avec mes cannes anglaises, transformées en mitraillettes ! J'avais 2 grands potes : Eric & Thierry. Qui sait s'ils passent par là, qu'ils me contactent !

framboise 05/05/2008 15:26

bonjour Christian,Je ne garde pour ma part que peu de souvenirs de ce mai 68, à part quelques manifs ou de Calmette nous allions rejoindre les garçons de Masséna. Quelques feux de cagettes et de pneux au marché gare ou j'allais trois fois par semaine le soir avec mon père. Bizarre, je ne me sentais pas tellement concernée et aujourd'hui je me demande ce que j'avais dans la tête a cette époque là, ou plutot " qui"!!!